De Zhuang Zi (庄子~莊子), on ne sait que peu de choses, et le peu qui nous est parvenu doit être regardé avec suspicion, car vraisemblablement teinté de légendes.
Le 史记 [Shǐjì] [1] nous rapporte l’histoire de Zhuang Zhou 庄周, dit 庄子 qui vécut dans la ville de Meng 蒙城 dans l’état de Song 宋国 [2] entre 370 et 286 avant Jésus-Christ pendant la période des «Royaumes Combattants»[3].
Il eut une position officielle mineure, de laquelle il démissionna pour se consacrer à sa vie privée. Il aurait également refusé l’offre du roi Wei de Chu (339–329 av. J.-C.) de devenir son premier ministre, préférant mener une vie simple à tresser des sandales de paille. On peut supposer que c’est rechercher ainsi sa liberté spirituelle, faisant le tour des États et vivant au milieu des gens simples dans une période politique trouble, qui lui a ainsi inspiré ses meilleures anecdotes.
En dehors de ces quelques faits à peu près avérés, le reste doit être pris comme œuvre littéraire, malgré l’évident caractère autobiographique du Zhuang Zi, principalement parce que l’on ne peut être sûr que les contributeurs postérieurs à Zhuang Zi n’aient pas pris de liberté avec la vérité historique.
- [1] — annales historiques de l’historien Sima Qian 司马迁(de –145 à –86), considéré comme le premier à avoir remonté l’histoire de la Chine depuis ses origines
- [2] — actuelle région du Henan 河南
- [3] — 战国 [zhànguó] période féodale connue sous le nom de Royaumes combattants (de 453 à 221 avant J.-C.). À l’issue de cette période, la Chine jusqu’à lors divisée en 7 grands royaumes fratricides, sera unifiée sous son premier Empereur, Qinshi Huangdi 秦始皇帝 fondateur de la dynastie Qin —auquel on devra la Grande Muraille, l’armée enterrée de Xi’an… (et figure centrale des films L’Empereur & l’Assassin『荆轲刺秦王』[Jinke ci Qinwang] et Hero 『英雄』 de Zhang Yimou 张艺谋).
Le «Zhuang Zi» 《庄子》
Histoire de l’œuvre
Le livre éponyme (parfois appelé le Canon de Nanhua 《南华真经》) est devenu un classique taoïste qui a traversé les âges, nous parvenant sous une forme qui sans doute que peu à voir avec l’original. Il est composé de 33 chapitres, dont seuls les sept chapitres intérieurs sont à peu près sûrement attribués au philosophe.
À ceux-ci viennent s’ajouter quinze chapitres “externes”, et onze chapitres divers. Il s’agit de compilations de fragments, partiellement attribuables à Zhuang Zi lui-même, mais majoritairement dues à des contributeurs variés, vraisemblablement disciples du Maître. Ces auteurs sont en général englobés sous le nom de “Zhuang Zi”.
Les exégètes ne sont pas tous d’accord sur la datation de l’œuvre. Il est cependant convenu de dire que le Zhuang Zi suit les écrits de Laozi (Lao-Tseu) et que l’auteur des chapitres intérieurs était, d’une façon ou d’une autre, probablement familier de ces écrits.
La forme présentée ici est plus ou moins directement issue des efforts de l’un des éditeurs et commentateurs les plus influents Guoxiang 郭象(env. 300 après J.-C.). C’est vraisemblablement lui qui a intégré les fragments d’autres sources, divisé les chapitres dans leur configuration actuelle et fourni les titres aux chapitres.
La philosophie
Indiscutablement dans la succession de Laozi 老子, le vieux maître, le Zhuangzi s’en détache pourtant sur certains points, particulièrement sur la conduite de la vie sociale, recommandant de s’en éloigner et refusant le compromis politique.
De plus, écrit de façon moins cryptique et elliptique que le Daodejing 《道德经》, fourmillant d’anecdotes et d’aphorismes pleins de verve, il en est d’autant plus abordable. Tout cela fait de ZhuangZi l’un des philosophes les plus irrévérentieux, pour ne pas dire iconoclaste, que la Chine ait connu à une époque où les rites et les conventions confucéennes étaient la référence. Et malgré notre culture occidentale contestataire, il n’est guère de nos philosophes qui approchent la pensée de cet auteur.
Mais que l’on ne se méprenne pas, la traduction relève souvent de l’exercice impossible tant les auteurs classiques chinois sont capables de raccourcis à la précision et à la concision surprenantes, qu’il est souvent difficile de rendre compréhensibles sans une longue périphrase. Et il est d’autant plus facile que le texte est lapidaire d’en faire des citations hors contexte et erronnées. C’est pourquoi il est fait référence au texte d’origine dans ce site.
Concepts-clés
Parmi les principaux concepts récurrents dans le Zhuang Zi, on trouve
- Relativisme de notre expérience du monde (par notre perception) mais unité des dix-mille êtres 万物齐一 [wànwù jìyi], car la Voie est à l’origine de toute chose 以「道」为本 [yǐ “Dào” wéiběn].
- Le monde est en constante transformation. Nous devons donc éviter de fixer nos jugements et standards afin de ne pas subir conflit et frustrations.
- Pour vivre pleinement notre expérience, nous devons errer libre des conventions [xiāoyáo er yóu] 逍遥而游, éclaircir notre esprit et agir spontanément et sans friction 自然无为 [zìrán wúwéi]
- Le langage a pour fonction d’être porteur de sens, et ce sens est dépendant du contexte.
- Les débats philosophiques sont souvent futiles puisqu’on ne peut déterminer le “bien” du “mal” par des arguments.
- La mort est une composante naturelle de la vie, l’une de ses innombrables transformations.
Pour quelques traductions choisies et extraits, suivez ces autres liens.




Ceci est mon journal (blog) et portfolio où je parle de thèmes variant de la technologie aux arts (graphiques ou culinaires), de metaphysique ou culture chinoise. 









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