崴峲小僧の廆

Amarantha (Nataraja)

publié par le juil 29, 2006 dans Histoires | 2 comments

我唱到疯癫

我愿弃世登仙

旋转的车轮来为我献欢

我怎会疲倦

Le soleil déclinant projetait une radiance rougeâtre alentours. Une illumination qui rebondissait sur ses joues comme elle ôtait son maquillage, prenant son temps pour respirer les derniers rayons de cette magnifique lumière automnale.

La lumière espiègle donnait un lustre étrange à sa peau. Plis d’une matière qu’on eût dit de cire…

Étrange, se dit-elle, comme cela lui rappelait soudain quelque chose.

Amarantha, son prénom, n’avait jamais paru tant lui convenir qu‘à cet instant précis.

Pourquoi lui avait-on choisi ce nom restait obscur, mais pour elle, la raison curieusement ne l‘était pas. Cela provenait de la fleur Immortelle, pas la spiralée d’ors connue des Grecs sous le nom ἑλίχρυσος, l’hélichryse, mais plutôt la pourpre Immortelle, l’Amarante.

Elle n’avait jamais pensé que porter un nom aussi évocateur puisse lui donner quelque pouvoir sur la course du temps. Au contraire, une conscience intense et effrayante avait toujours été en elle. Cette sensation trop familière d’une menace, de se réveiller un jour pour se découvrir âgée, sur le point de disparaître dans un précipice.

Elle avait lu que la capacité des fleurs immortelles à défier le temps sans faner, était simplement due au fait qu’elles étaient déjà mortes. Et que ce que l’on admirait en elle était la simple coquille creuse qui demeurait.

Mais maintenant, elle comprenait quelque chose de nouveau. C‘était probablement vrai en fait, mais pas comme elle l’avait toujours cru.

À bien des égards, son corps pourtant toujours plein d‘énergie n‘était pas cette coquille solide comme un roc. Il la quittait lentement, elle le savait. En fait, c‘était simplement… l’inverse.

Son esprit n’avait jamais été aussi aiguisé qu‘à ce moment précis.

Et là, elle souriait. Une impulsion intense l’inonda tout à la fois, claire et solide comme un diamant aux multiples facettes miroitantes.

Tout avait commencé comme un désir à peine perceptible, germant des profondeurs inconnues de son être, mais prenant racine, lentement et sûrement, poussant avec persistance jusqu‘à ce qu’elles craquellent la surface et qu’elle dût l’admettre.

Et pourtant, cela semblait si puéril… mais si exaltant rien que d’y penser.

Elle sortit vivement de la salle de bains. Toute à son excitation, elle n’eut pas la moindre pensée pour le désordre qu’elle laissait derrière elle ; ne lui ressemblant guère, dirait-elle plus tard. Ou peut-être, ne ressemblant guère à l’image qu’elle s‘était construite d’elle-même.

Les arbres au dehors étaient baignés par une douce brise exquise, les feuillages transmués de teintes magnifiques de rouges, de bordeaux, de cramoisis et de pourpres sous les auspices du soleil couchant. La lune croissante semblait emplir le ciel à l’endroit où les rouges cédaient leur place à une teinte d’un bleu profond et radieux, la saisissant d’admiration.

Pas une âme alentours aurait-on dit, sinon la sienne. Même les créatures crépusculaires semblaient avoir cessé pour une seconde leur cacophonie joyeuse, comme des spectateurs attendant que le rideau révèle la scène.

Et elle était là, dans sa robe de chambre, hypnotisée par la beauté du jardin.

Elle abandonna lentement ses chaussons, et maintenant nu-pieds, se mit à danser au contact du sol frais.

En pas prudents d’abord, éprouvant son équilibre fragile.

Puis avec plus d’assurance, hilare et riante, dansant avec son ombre qui s‘étirait à perte de vue.

Et plus elle dansait, plus elle se sentait dissoudre dans le monde, encouragée et enivrée par le chœur lancinant des insectes.

Déployant son bras tel un brillant pétale,

Élevé d’abord en un mouvement léger,

Animant d’un souffle des mondes inconnus,

Dansant avec eux comme ils évoluent,

Les encourageant comme ils deviennent âgés

Enfin les laisse aller, en un musical

Soupir.


Notes

  • Nataraja est un mot sanskrit (नतरज) signifiant « Seigneur de la Danse », traditionnellement associé au dieu hindou Shiva, et à sa célèbre représentation en tant que danseur cosmique. Il est celui qui danse le monde à la conscience, et qui dissipe par sa danse le voile de l’Illusion, son pied sur le nain vaincu de l’ignorance…
  • Les mots en chinois en en-tête sont des vers d’une chanson de Wang Fei 《流浪的红舞鞋》(Les rouges ballerines errantes), qui est inspiré d’un conte de Hans Christian Andersen (Les Chaussures Rouges).

    Ils disent quelque chose comme…

Je chante jusqu’à la folie

Je veux laisser le monde et devenir Immortelle

La roue qui tourne vient m’emplir de joie

Comment pourrais-je être fatiguée?

En cherchant « Faye Wong / Wandering Red Shoes » dans YouTube, il est possible de la trouver…

2 commentaires

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  1. Jérémie

    Pense à arrêter l’informatique, un de ces jours.

  2. Jib

    hahaha, I was wondering why I got that article in the random section… seing this comment I understand why as I was just wondering about my own job  :p

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