Avez-vous jamais eu la chance d’observer un papillon en train d‘éclore de sa chrysalide?
C’est un moment de pure magie.
À peu près un an de cela, j‘étais dans l’Insectarium du Jardin Botanique de Chicago, et je me souviens être resté en face d’un panneau de verre derrière lequel quelques papillons en train d‘éclore étaient déposés pour être vus. C‘était en plein cœur de l’hiver, les températures extérieures glaciales, et, comme les papillons, les quelques personnes à l’intérieur de l’Insectarium étaient plongées dans un cocon de chaleur moite.
Il m‘était aisé de m’imaginer être ce même papillon qui lentement se déployait, extrêmement lentement et délicatement étendant mes ailes nouvellement poussées du cocon desséché.
Découvrant toujours aussi lentement quelles étaient les transformations qui s‘étaient produites, en un long moment à l‘étirement infini, sentant le sang se ruer dans les subtils capillaires en mouvements infimes, développant doucement les ailes délicatement plissées.
En fait, maintenant que j’y pense, j‘étais ce papillon nouveau-né.
De façon intéressante, les Grecs disposent du même mot pour papillon et âme: Psyché (ψυχή). Dans un mythe classique raconté par l’auteur Latin Berbère Apulée, Psyché est le nom d’une jeune femme à la grande beauté qui est aimée de l’Amour lui-même, Cupidon. L’histoire connaît multiples digressions et variations comme toute bon conte de fées, et de même, se termine bien.
Pourtant, au cœur de l’histoire est la lente découverte de soi de Psyché. Poussée à d’injustes épreuves par sa belle-mère et ses sœurs jalouses, elle apprend comment s’en élever, avec l’aide de la Nature, et grâce à sa ténacité. Elle meurt finalement de la dernière de ces épreuves, seulement pour être éveillée par et à l’Amour, qui l’a silencieusement et discrètement aidée, sans être vu, mais néanmoins présent. Elle accède enfin à l’immortalité, de même qu’une fille lui naît de l’Amour, nommée Plaisir (Hedone).
Cette histoire, narrée de multiples fois dans les contes plus “modernes” semble si simple à comprendre. Une histoire d’amour classique, irréaliste, et peut-être même franchement guimauve?
Peut-être…
En songeant à ce que je pourrais écrire sur cette image que j’ai dessinée (autant que destinée) il y a quelques temps de cela, de nombreuses pensées me sont venues.
Des pensée de ces errements et de ces “épreuves” ou métamorphoses que cette image a subi avant de devenir celle-ci.
Pensée du symbolisme du papillon, et de la transformation continuelle de l‘âme. Pensée enfin de mes propres transformations, réfléchies par celles de ce site.
M’est revenu ce que l’auteur Français André Gide disait:
“Connais-toi toi-même. Maxime aussi pernicieuse que laide. Quiconque s’observe arrête son développement. La chenille qui chercherait à bien se connaître ne deviendrait jamais papillon.”
Pour comprendre pleinement cette citation guère conventionnelle —pour ne pas dire outrancière—, il faut se replacer dans le contexte de la vie de Gide. Élevé dans un milieu traditionnel, il passa une grande partie de sa jeunesse à lutter contre lui-même, en essayant de se comprendre en appliquant les critères d’autres, lesquels étaient inaptes à sa propre nature. Il devait donc mourir en tant que chenille et cesser de vouloir convenir, pour devenir le papillon.
En vérité, la compréhension de soi se produit comme un dérivé de sa propre évolution, et non l’inverse. Bien que la nature essentiellement discursive de nos sociétés actuelles tend à nous mener au sentiment de se répeter sans cesse, un pan entier de limites inexplorées est toujours à nous attendre quand nous osons regarder dans le miroir de notre âme.
Il suffit d’un simple instant pour que la chenille apprenne à raconter plus que des histoires de chenilles… Mais cela demande toute la vie de la chenille.
Notes
- D’autre citations d’André Gide ou ici (en)
[ NB: publié dans Wisp#2 (Juin 2008) ]
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Ceci est mon journal (blog) et portfolio où je parle de thèmes variant de la technologie aux arts (graphiques ou culinaires), de metaphysique ou culture chinoise. 









Cette dernière image Eros et Psyché est basée sur une ancienne esquisse que j’ai enfin terminée aujourd’hui…
Tiens !

Après deux ans, je redécouvre ton site, toujours aussi intéressant ! Cette fois-ci je m’abonne au rss
Au fait, sais-tu que ghiz est actuellement en Chine ?
A plus, Julio
Oui, j’ai vu ça

Merci pour le commentaire