La façon dont nous lisons les images, qu’on le remarque ou non, est souvent le résultat d’une combinaison de facteurs. Bien sûr, l’un des plus importants est notre propre personnalité, l’essence de qui nous sommes, indépendamment de notre éducation ou de tout autre association gravitant communément autour de notre culture. Mais notre propre culture, son langage (parlé et aussi son vaste contexte) et l’ensemble des convictions que nous avons adoptées a également une grande part à jouer, parfois si profondément ancrée qu’on la remarque à peine.
Des dernières images en date, celle-ci fut pour moi l’occasion de me souvenir de ce simple fait.
Si l’on entreprend d’interpréter —de trouver un sens à— une image intitulée “Flux du Temps” (j’étais conscient pendant la conception de l’image qu’elle voulait parler, entre autres, de temporalité même sans l’avoir nommée), on ne peut éviter d’avoir à placer l’image dans son propre cercle de références culturelles.
Dans les cultures occidentales, nous avons des temps: passé, présent et futur (a minima). Et si l’on nous demande de tracer le parcours du temps, habituellement on le fera sans même y penser de gauche à droite. Après tout, c’est tout naturel puisqu’on écrit ainsi, et que le tracé d’un texte (à moins d‘être Léonard) suit ce cours naturellement.
J’ignore ce qu’il en est pour les langues et cultures sémitiques qui ont la convention inverse, mais je sais qu’il y a d’autres directions dont on aurait à peine idée du fait de notre culture.
Dans la culture chinoise par exemple, le temps2 s‘écoule conventionnellement du haut vers le bas, car le temps est souvent associé au cours d’une rivière et à son écoulement d’amont et la cime des montagnes jusqu’en aval dans les abîmes océaniques.
Et cette convention est aussi ancrée dans le language chinois lui-même, si bien qu’on dira pour “le mois prochain” 下月 (un mois plus bas) ou pour la semaine précédente 上一个星期 (une semaine plus haut), alors même que du fait de l’influence occidentale, l’écriture ne se fait plus guère encore de haut en bas.
Bien sûr, une image incorpore plus d’une lecture, et quand elle est terminée c’est toujours un jeu intéressant de l’interpréter en la passant à divers cribles (ou chinois).
Mais on peut imaginer un tout autre type d’amusement quand on est en cours de réalisation de ladite image. On en vient à être attentif aux différentes fluctuations de ses propres associations comme elles s‘écoulent de gauche à droite, puis de droite à gauche (quand on fait une réflexion du canevas pour détecter des erreurs de perspective, même si techniquement c’est encore de gauche à droite… les habitudes ont la vie dure!), et tout d’un coup de haut en bas.
En fin de compte, comme les philosophies chinoises l’indiquent souvent, se concentrer sur le pivot de l’action est bien la meilleure façon de ne pas s’étourdir trop vite.
Ou pour le conjuguer, on pourrait dire… “vivre dans le présent”, ou bien “être présent”.
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2 Une particularité de la langue chinoise est que l’action, le verbe ne porte pas d’indication de temps; il n’y a pas de conjugaison per se. L’indication de temporalité est donnée par le contexte… On pourrait en dire énormément sur ce seul sujet!
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Ceci est mon journal (blog) et portfolio où je parle de thèmes variant de la technologie aux arts (graphiques ou culinaires), de metaphysique ou culture chinoise. 









(en réponse au commentaire de Stormkings) J’ai aussi oublié de parler de l’aspect cyclique de l‘écoulement du temps qu’on retrouve aussi dans certaines philosophies grecques (stoïciens si ma mémoire est bonne).
En même temps, imager le temps par un cours d’eau renvoie aussi à l’idée d’un cycle, même si on n’en voit généralement que l’aspect liquide…